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  Comment concilier fortes contraintes naturelles et anthropiques ?
 
Comment concilier fortes contraintes naturelles et anthropiques ?

Par Astrid Lerouxel
Publié le mercredi 21 février 2007. Dernière modification le mardi 20 février 2007. 
L’homme est aujourd’hui confronté à des problèmes globaux liés à l’anthropisation rapide des milieux naturels. Ainsi, les constructions, les aménagements multiples, l’exploitation des sols ou encore le contrôle des eaux courantes, modifient fortement l’environnement naturel qui devient alors siège de déséquilibres profonds. Fortement investis, ces espaces, où se conjuguent des aléas naturels forts et des enjeux considérables, deviennent des territoires à risques. Les gestionnaires se retrouvent alors confrontés au dilemme de l’aménagement des espaces à fortes contraintes, où la coexistence de contraintes de nature radicalement différentes est source de risques aggravés.

 

Quels sont ces espaces à fortes contraintes et comment se traduit la rencontre entre contraintes anthropiques et naturelles sur ces territoires ? Quelles solutions adopter pour concilier ces contraintes antagonistes et limiter l’émergence des risques ? Dans cet article, nous dégagerons les principales contraintes naturelles et anthropiques entrant en ligne de mire dans l’aménagement et la gestion du territoire.

Les espaces à fortes contraintes : territoires de rencontre entre fortes contraintes anthropiques et fortes contraintes naturelles.

Les espaces à fortes contraintes sont multiples. Interface entre l’homme et la nature, la ville représente un espace clé où des contraintes anthropiques majeures se heurtent aux aléas du milieu naturel. Sur ces territoires, la pression anthropique entraîne en premier lieu un accroissement des surfaces imperméables et une diminution de la couverture végétale, augmentant de manière significative les écoulements de surface. Ces modalités d’occupation des sols, associées à la perturbation des hydrosystèmes préexistants, jouent un rôle décisif et amplificateur en période de crue. Les conséquences peuvent alors être tragiques comme en témoignent les inondations dévastatrices de Vaison la Romaine en 1992 ou de Paris en 1910. Lors de l’inondation de 1910, le quartier du Marais, construit sur un ancien bras de la Seine, fut ainsi réinvesti par le fleuve et constitua un lieu de pénétration majeur de l’inondation. Durant 9 jours (du 20 au 28 janvier 1910), la crue, qui atteint les 8,62 m au Pont d’Austerlitz, bloqua l’activité industrielle, le métro et les trains ne circulèrent plus... La crue du 22 septembre 1992 à Vaison la Romaine s’inscrit dans le cadre des inondations automnales approvisionnées par les cours d’eau et rivières de moyenne montagne. L’Ouvèze sortit de son lit, dévastant 320 habitations, submergeant le camping de la ville et emportant dans ses flots 46 victimes (dont 32 morts dans la ville elle-même). L’instabilité des terrains constitue également une contrainte de site importante lors de l’urbanisation. Là encore, la pression anthropique liée à l’aménagement des sites peut jouer sur les contraintes naturelles. Les effondrements de terrain peuvent ainsi être facilités par le poids des habitations et par l’aménagement de réseaux souterrains comme ce fut le cas lors de la catastrophe de la Fourvière à Lyon en 1930, où 40 personnes trouvèrent la mort lors du glissement de terrain. L’obstruction des écoulements souterrains naturels a conduit à l’engorgement des sources s’écoulant dans ce sous-sol de moraine jurassique. Dans la nuit du 12 au 13 novembre 1930, le sol s’effondre et glisse en trois épisodes successifs, entraînant avec lui bâtiments, habitants et secours (19 pompiers et 4 gardiens de la paix).

Paradoxalement, certains milieux appellent l’urbanisation en dépit des contraintes naturelles qui y sévissent. C’est le cas des corridors montagnards tels que celui abritant la ville de Grenoble. Ce milieu urbain constitue en effet un espace à fortes contraintes par excellence, où l’homme se doit de concilier extension urbaine importante et contraintes naturelles fortes, liées à la zone montagneuse et à la présence d’un hydrosystème marqué. En pleine expansion, Grenoble connaît en effet un essor économique, industriel et démographique exceptionnel. Il en résulte une extension de la ville et une profonde modification du paysage urbain. Cette extension se heurte à l’hydrologie du secteur et aux contraintes associées telles que les changements brutaux de cours d’eau ou l’instabilité des berges. La rurbanisation, en réponse aux problèmes de place, provoque l’occupation des cônes de déjection des torrents par les noyaux villageois, ce qui accroît également les risques en cas de crue. L’une des particularités de Grenoble repose sur la concentration d’industries de pointe et de centres de recherches, qui se répartissent à la périphérie de la ville et qui posent le problème de la superposition de risques naturels et technologiques.

Le littoral représente également un espace à fortes contraintes. Plus de la moitié de la population mondiale s’y concentre aujourd’hui. Habitations, infrastructures touristiques et industrielles colonisent ainsi la frange littorale, infligeant des mutations profondes à un espace traditionnellement peu occupé. En effet, alors que la dynamique naturelle confère aux côtes une mobilité intrinsèque et, dans la plupart des cas, une tendance au recul vers les terres, l’évolution des installations humaines obéit à une logique inverse de progression vers la mer. Cette association entre glissement de l’urbanisation vers la mer et recul du trait de côte vers la terre accroît le phénomène d’érosion naturelle et l’émergence de risques. Le démaigrissement des plages ou l’érosion de falaises où se développent des villes telles que Biarritz constitue aujourd’hui un problème majeur.

Les pratiques agriculturales, en particulier lorsqu’elles sont intensives, génèrent également des espaces à fortes contraintes. Le labour altère et fragilise les formations superficielles du sol, l’irrigation modifie les réseaux hydrographiques et l’utilisation massive et inadaptée d’engrais provoque des déséquilibres environnementaux. Ces contraintes anthropiques se conjuguent à l’érosion naturelle hydrique et éolienne des sols, augmentant le risque de désertification dans les régions vulnérables telles que le Mali ou le Sahel.

Dans ces différents espaces, le croisement des contraintes anthropiques et naturelles constitue un facteur d’aggravation des risques. La conciliation des ces contraintes est donc nécessaire et passe par un choix d’aménagement et de gestion.

Conciliation des contraintes naturelles et des contraintes anthropiques : le choix de l’aménagement prévisionnel et de la gestion.

Dans un espace à fortes contraintes, l’établissement de cartes d’aléas à partir de données terrain est une étape primordiale à l’aménagement car elle permet d’évaluer les risques encourus lors de l’anthropisation du milieu. On peut ainsi citer pour exemple l’établissement de bases de données répertoriant les cavités souterraines et les mouvements de terrain en France. Cette appréciation des contraintes permet alors de prendre en compte les risques lors de la planification de l’aménagement du territoire. Certains usages ou certaines constructions peuvent ainsi être autorisées ou proscrites en fonction du milieu. Ainsi, à Grenoble, où l’extension urbaine se heurte aux contraintes hydrologiques, la planification de l’aménagement peut permettre la conciliation entre contraintes naturelles et anthropiques. Dans les endroits vulnérables face aux crues, mais constructibles, des installations inondables ont été créées. A l’inverse, l’aménagement est proscrit dans les endroits les plus marqués par l’hydrosystème. Ainsi, aucune construction n’aura vu le jour à la confluence du Drac et de l’Isère. En Ile de France, l’inspection des carrières joue un rôle primordial dans la connaissance de l’aléa et la prise en compte des risques souterrains. La planification de l’aménagement qui en résulte peut consister en un remodelage urbain axé sur la construction de pavillons et de parcs publics.

La gestion des contraintes sur la frange littorale se fait notamment en France par l’intermédiaire de la loi littorale, qui entre en vigueur pour limiter les pressions anthropiques et lutter contre les éléments naturels facteurs d’érosion. En milieu agricole, la prévention s’inscrit entièrement dans la démarche d’accompagnement de l’agriculteur : la lutte contre l’érosion naturelle des sols et l’amélioration des pratiques agricole permet la pérennisation des surfaces cultivables. De tels moyens de gestion s’inscrivent pleinement dans la notion de développement durable

Face à la difficulté à prévoir certains phénomènes, les autorités privilégient également la sensibilisation et l’information du public sur les zones à risque, mettant en avant les mesures de prévention et les consignes propres à limiter l’exposition des populations. La sensibilisation des populations à ces risques permet ainsi une diminution de la pression anthropique sur les milieux à fortes contraintes naturelles.

En France, la prévention et la prise en compte des contraintes sont largement appuyées par un renforcement du dispositif législatif. La mise en place successive du Plan d’Exposition aux Risques (1982) puis du Plan de Prévention des Risques (1995) témoigne d’une meilleure prise en considération des risques. Cependant, l’efficacité de ces plans reste nuancée par les degrés d’appréciation divers que peuvent avoir les aménageurs et les décideurs politiques vis-à-vis du risque. La disparité de prise en compte des risques liés aux carrières anciennes dans la région Ile de France en constitue l’exemple flagrant. Ainsi, suivant les financements et la connaissance de l’aléa et de la vulnérabilité, la prise en compte du risque d’effondrement des bâtis varie considérablement lors de l’aménagement des zones à risques.

La perception du risque varie également selon le niveau de développement et la sensibilité de l’opinion publique du pays concerné. Ainsi, l’application de mesures de prévention et de restauration environnementales est surtout mise en œuvre dans les pays développés et à haute technologie, où les populations tendent à se stabiliser. Dans de nombreux pays en développement, où la croissance démographique est en pleine expansion, la perception du risque environnemental amplifié par l’homme est encore trop faible et d’importance trop secondaire. Une catastrophe telle que celle d’Armero (Colombie, 1985), où près de 25000 personnes trouvèrent la mort suite au lahar [1] qui ensevelit la ville, est fortement révélatrice de cet état de fait. En effet, en dépit du caractère prévisible de cette catastrophe volcanique, la population ne fut pas évacuée à temps car les autorités sous-estimèrent les risques encourus. A Quito (Andes), ville en proie à une forte démographie, la population s’étend sur les pentes du volcan en dépit de l’instabilité des versants et des risques majeurs qui peuvent en résulter. De plus, l’organisation de la ville en damier, avec des avenues perpendiculaires à l’écoulement et une voie de circulation établie dans le talweg, constitue un facteur d’aggravation des risques en cas de pluie torrentielle. Un contrôle de la dynamique urbaine, une réorganisation du tissu urbain, ainsi qu’une information et une sensibilisation de la population aux risques dans un contexte socio-économique défavorable, où se protéger n’est pas la priorité, s’avéreraient donc indispensables.

Ainsi, sur les espaces à fortes contraintes, le risque croît du fait de l’explosion démographique en liaison avec des pratiques d’aménagement mal codifiées et mal maîtrisées. Sur ces territoires, la conciliation des contraintes naturelles et des contraintes anthropiques passe par une nécessaire évaluation des contraintes en présence, par leur prise en compte dans la planification du territoire et par l’information et la sensibilisation des populations les plus exposées aux risques.






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